Home  > What is bioinformatics ? > A series of nine papers published (in French) by the Biofutur journal in 2005

Editorial of the January 2005 issue of the Biofutur journal

La revue Biofutur publie un dossier sur la bioinformatique dans ses numéros de janvier et février 2005


« - L’informatique n’est qu’un outil ! »

À travers cette affirmation péremptoire, j’entends mon interlocuteur me signifier, outre la supériorité épistémologique de sa discipline, le nécessaire assujettissement de l’informatique aux besoins que lui et ses collègues sont amenés à exprimer. Je ressens simultanément l’expression de sa conviction confiante que l’informatique saura toujours répondre à ces demandes, quelles qu’elles soient.

Le chercheur en informatique que je suis est tout d’abord tenté de rétorquer en expliquant les fondements de sa discipline scientifique et en présentant les notions de système formel, de complétude, de preuve, de calculabilité, de complexité et d’autres encore. Mais je prends vite conscience que je ne fais ainsi que révéler le puéril sentiment de vexation que j’ai éprouvé et qu’une telle réaction serait finalement peu constructive. Je décide donc d’adopter une attitude plus positive.

L’informatique n’est qu’un outil, soit. Mon collègue se donne-t-il les moyens de choisir le logiciel le plus adapté à chaque situation ? Mesure-t-il les limites de celui retenu souvent plus par habitude que par raison ? Est-il capable de relier la valeur d’un paramètre du programme à la pertinence des résultats produits par son exécution ? A-t-il conscience de la facilité avec laquelle il est possible d’obtenir des résultats non significatifs, voire faux ? Prend-t-il soin, avant de lancer ses expériences, de vérifier qu’il disposera des algorithmes et des logiciels adaptés aux données qu’elles vont produire et aptes à répondre à la problématique dans laquelle elles s’inscrivent ? Sait-il que, si ces algorithmes et ces logiciels n’existent pas, leur conception peut requérir un long travail de recherche au résultat non garanti ?

En d’autres termes, mon collègue apporte-t-il autant de considération et de soin à l’outil informatique qu’il en apporte par ailleurs à l’ensemble de son dispositif d’investigation scientifique, en particulier expérimental ?

François Rechenmann

Directeur de recherche

INRIA Rhône-Alpes (Institut de Recherche en Informatique et en Automatique)